Avec le spectacle « 15 419 ft », le collectif Post uit Hessdalen, tente une nouvelle fois de nous faire voir loin, au-delà de la courbure de la Terre, là où se trouvent l’inconnu mais aussi l’inimaginable. Une approche poétique, mais la mise en œuvre tourne mal.
Cela n’a pas dû être facile de trouver un lieu pour ce spectacle, car « 15 419 ft » nécessite de longues lignes de vue s’étendant sur des kilomètres, et où trouve-t-on cela dans notre Flandre urbanisée ? C’est exactement ce que le collectif veutétudier : de quelle manière notre environnement physique fermé limite-t-il notre pensée ? Ne sommes-nous plus capables de voir les choses en grand parce que nous n’avons plus d’horizon ?
Nous montons donc dans les gradins surélevés et contemplons l’horizon, en compagnie de deux personnages vêtus de blanc (la mezzo-soprano Els Mondelaers et la tubiste Berlinde Deman). Une corde vient vers nous de loin, nous ne voyons pas son a9> pas, mais une énorme roue entre les tribunes tire celle-ci tournoyant à l’intérieur, comme si nous la fin du monde vers nous nous attirait – pour découvrir qu’ il n’y a pas de fin, que le désir d’ un cosmique « là-bas » est vain, car « là-bas » est toujours aussi « ici ».
Cette image est forte, mais ensuite, l’action s’éparpille. Une narratrice à la première personne prend la parole et raconte comment elle voit une deuxième femme courir après l’horizon. Elle-même tente de toutes ses forces de s’échapper de son esprit. On brandit des pancartes en bois sur lesquelles apparaît un jeu de mots.
On entend l’ambiance sonore du compositeur Thomas Smetryns qui résonne dans les haut-parleurs, mais aussi sa « composition à distance » interprétée en direct par Mondelaers et Deman, avec comme point culminant le dialogue musical entre Mondelaers aux cymbales et un chariot rempli de klaxons bruyants qui arrive de l’horizon – comme une réponse énigmatique à la question de savoir ce qui se trouve « là-bas ».
Cela semble un peu diffus et c’est bien le cas : texte, la musique et l’image semblent fonctionner indépendamment les unes des autres, le centre d’intérêt est bien loin ; c’est ironique, car c’est justement de cette concentration (et de notre incapacité à y parvenir) qu’il était question dans ce texte .